Et si la tonte de vos espaces verts devenait la matière première de votre prochaine isolation ? L’isolant en herbe n’est plus un concept expérimental : c’est un matériau d’isolation thermique et phonique biosourcé, produit industriellement en Belgique depuis 2020.
Porté par l’entreprise Gramitherm et son fondateur Christian Roggeman, ce produit transforme un déchet vert en une solution performante pour la construction et la rénovation. Nous détaillons sa composition, son bilan carbone et ses performances concrètes afin de vous aider à déterminer si cette option convient à votre projet.
Isolant en herbe : de quoi parle-t-on exactement ?

L’isolant en herbe se présente souvent sous forme de panneaux semi-rigides fabriqués à partir de fibres d’herbe locales. L’usine de production est installée à Auvelais, en Wallonie, et tourne depuis 2020 avec une capacité annuelle de 180 000 m³ de produits finis, soit de quoi isoler environ 3 000 maisons par an. Il est fabriqué à partir de fibres d’herbe séchées et d’un liant inoffensif, ce qui en fait une alternative crédible aux matériaux conventionnels.
Composition type d’un panneau
Les panneaux d’isolant en herbe sont fabriqués à 70 % de fibres d’herbe, issues du fauchage de bermes routières, de parcs et d’espaces verts publics. L’herbe provient d’entretiens divers et ne nécessite pas d’engrais : il s’agit d’une biomasse qui était auparavant considérée comme un simple déchet.
Le reste de la composition se répartit ainsi :
- Environ 20 % de fibres de jute recyclées (issues de sacs de cacao), qui renforcent la structure du panneau.
- Environ 8 à 10 % de fibres de fusion (smelt fibers) servant de liant pour assurer la cohésion, la flexibilité et la stabilité dimensionnelle.
- Les panneaux d’isolant en herbe sont non irritants lors de la manipulation, contrairement à certaines laines minérales. Ils se découpent facilement sans danger pour la santé, un atout concret pour les professionnels sur chantier.
Formats et usages
Les produits Gramitherm se déclinent en panneaux semi-rigides dont l’épaisseur varie de 40 mm à environ 200 mm. Les dimensions standard, 60 cm de largeur pour 1,2 m de longueur, s’adaptent directement aux ossatures bois et aux structures métalliques courantes. L’isolant en herbe peut être utilisé en toitures, murs et planchers, ce qui couvre la majorité des applications d’isolation résidentielle et tertiaire.
Une filière en circuit court
La technologie de fabrication a été initialement développée en Suisse au début des années 2010, avant d’être transposée en Wallonie par l’équipe de Gramitherm. Le procédé repose sur des partenariats communaux pour la collecte de l’herbe de fauchage, créant une filière locale qui réduit considérablement les distances de transport.

L’aménagement de la ligne de production à Auvelais a permis de passer d’un concept de laboratoire à une fabrication industrielle.
Le processus de transformation suit ces étapes :
- Fauchage et collecte de l’herbe sur les bords de routes, talus et espaces verts.
- Séchage pour abaisser le taux d’humidité et prévenir toute dégradation biologique.
- Défibrage afin de séparer les fibres longues exploitables.
- Mélange avec les fibres de jute recyclées et le liant organique.
- Formation et pressage des panneaux à la densité souhaitée (environ 40 kg/m³).
- Stabilisation thermique, puis découpe au format chantier.
Sa production nécessite peu d’eau et d’énergie, ce qui contribue directement à l’avantage environnemental du produit. C’est d’ailleurs un argument qui a valu à Gramitherm une couverture médiatique notable, y compris sur RTL, renforçant la visibilité de cette matière première atypique auprès du grand public en Belgique.
Un bilan carbone très avantageux : comment l’herbe devient un « puits de CO₂ »

L’isolant à base d’herbe a un bilan carbone négatif. Cette affirmation, souvent perçue comme trop belle pour être vraie, repose sur un mécanisme simple : l’herbe stocke du CO₂ durant sa croissance via la photosynthèse, et ce carbone biogénique reste piégé dans les fibres tout au long de la vie du bâtiment, souvent pendant 50 à 80 ans.
Le principe du bilan carbone expliqué simplement
Calculer le bilan carbone d’un isolant revient à comparer deux colonnes de compte :
- D’un côté, les émissions : énergie consommée pour la récolte, le transport (quelques dizaines de kilomètres en moyenne entre les zones de fauchage et l’usine d’Auvelais), la transformation industrielle (séchage, défibrage, pressage) et la livraison sur chantier.
- De l’autre, le carbone stocké : le CO₂ capté par la plante pendant sa croissance, emprisonné dans les fibres de cellulose et d’hémicellulose du panneau.
Chaque kilogramme d’isolant stocke environ 2,08 kg de CO₂, tandis que sa production génère environ 0,675 kg de CO₂ équivalent. Le solde net est donc d’environ -1,4 kg CO₂e par kilogramme de produit. Pour donner un ordre de grandeur concret : un mètre carré de panneau de 100 mm d’épaisseur stocke environ 5 kg de CO₂ biogénique. Avec 200 mm, on double cette valeur. À titre de comparaison, un isolant minéral classique présente en général un bilan carbone positif : il émet plus qu’il ne stocke.
L’isolant à base d’herbe est plus sain pour l’environnement, et ce à chaque étape de son cycle de vie.
Une matière première qui était un déchet
L’origine de l’herbe mérite qu’on s’y arrête une fois de plus. Elle provient du fauchage des bords de routes, parcs, talus et zones aéroportuaires. Ces déchets verts étaient antérieurement envoyés vers des centres de compostage ou d’incinération, engendrant des coûts logistiques et des émissions supplémentaires. Gramitherm indique que seulement 2,2 % des volumes d’herbe coupée dans ces zones suffisent à alimenter sa capacité de production annuelle.
L’impact direct en Wallonie
L’ancrage wallon de la filière crée un cercle vertueux :
- Réduction des flux de déchets verts : moins de camions vers les centres de compostage, moins d’incinération.
- Circuits courts : la matière première parcourt en moyenne quelques dizaines de kilomètres avant d’arriver à l’usine, limitant l’empreinte carbone du transport.
- Contribution aux objectifs climatiques : le secteur de la construction est l’un des plus émetteurs en Wallonie. Utiliser des matériaux biosourcés à bilan carbone négatif participe directement à l’ambition régionale de neutralité carbone à l’horizon 2050.
L’isolant en herbe figure d’ailleurs sur la liste officielle des isolants biosourcés éligibles aux primes en Wallonie, à condition de contenir au moins 70 % de biomasse, un seuil que Gramitherm dépasse.
Bénéfices indirects sur le bilan carbone global
Au-delà du stockage de carbone dans le matériau lui-même, l’isolation performante réduit les besoins de chauffage en hiver et de climatisation en été. Sur plusieurs décennies, ces économies d’énergie évitent des émissions significatives de CO₂ liées à l’usage du bâtiment. Le bilan carbone global, matériau et exploitation compris, s’en trouve considérablement amélioré.
Performances, usages et limites de l’isolant en herbe dans vos projets

Les architectes, entrepreneurs et particuliers peuvent ainsi comparer l’isolant en herbe avec d’autres matériaux d’isolation biosourcés (fibre de bois, cellulose, chanvre) et classiques (laine minérale, PIR). Voici ce qu’il faut savoir avant de faire votre choix.
Performances thermiques
La conductivité thermique de l’isolant en herbe est de 0,040 W/(m·K) dans sa version la plus récente, validée par l’Agrément Technique Européen ETA-21/0260. Sa conductivité thermique se situe autour de 0,041 W/(m·K) pour les versions standard, ce qui place ce produit au même niveau que les laines minérales courantes.
En pratique, pour atteindre une résistance thermique R ≈ 5 m²·K/W, valeur cible fréquente pour des murs ou des toitures performants, il faut prévoir environ 20 à 21 cm d’épaisseur de panneaux. Gramitherm propose par exemple des panneaux de 150 mm offrant un R d’environ 3,75 m²·K/W. En doublant ou en combinant les épaisseurs, on atteint facilement les performances exigées par les réglementations PEB.
Confort d’été
Il offre un bon déphasage thermique grâce à une densité d’environ 40 kg/m³ et une capacité thermique massique élevée. Concrètement, cela signifie que la chaleur extérieure met plus de temps à traverser le panneau, ce qui limite les surchauffes dans les combles aménagés et les toitures inclinées. C’est un avantage que les laines minérales, plus légères, ne peuvent pas offrir avec la même efficacité.
Qualités acoustiques
Les isolants en herbe offrent un meilleur confort acoustique que de nombreuses alternatives conventionnelles. L’isolant à base d’herbe régule l’humidité et absorbe les bruits grâce à sa structure fibreuse dense. L’absorption des bruits aériens (trafic routier, voisinage) est particulièrement efficace, et les retours de chantiers en logements collectifs confirment un gain de confort sonore notable. C’est une solution pertinente pour les projets d’aménagement où la performance acoustique compte autant que la performance thermique.
Comportement face à l’humidité
L’isolant en herbe retient peu l’humidité, réduisant les moisissures. Son coefficient de résistance à la diffusion de vapeur (µ) est proche de 1, ce qui en fait un matériau très perspirant : il laisse passer la vapeur d’eau et favorise le séchage naturel des parois. Le panneau peut absorber jusqu’à 45 kg d’eau par m³ sans perdre ses propriétés.
Cela dit, une mise en œuvre rigoureuse reste indispensable :
- Pose d’un pare-vapeur côté chaud si les règles de l’art l’exigent.
- Étanchéité à l’air soignée pour éviter les condensations internes.
- Protection contre les infiltrations d’eau (solins, rives, pare-pluie).
Prix
Le prix de l’isolant en herbe est d’environ 30 euros/m² TTC pour un panneau de 200 mm d’épaisseur. Pour un panneau de 150 mm, on se situe autour de 20 à 25 €/m² HT. L’isolant en herbe coûte 8 euros de plus que la laine de verre à épaisseur comparable, mais ce surcoût doit être mis en perspective avec le bilan carbone négatif, les performances acoustiques supérieures et l’éligibilité aux primes biosourcées en Wallonie.
Le coût global d’un système complet (isolant + pare-vapeur + main-d’œuvre) doit être évalué au cas par cas. Il nécessite des additifs pour résister au feu et aux nuisibles, ce qui est intégré dans le prix du panneau fini.
Usages recommandés
- Ossature bois : la largeur standard de 60 cm s’encastre parfaitement entre montants.
- Toitures inclinées : excellent déphasage pour le confort d’été sous les combles.
- Isolation intérieure de murs : en doublage ou contre-cloison, avec protection adéquate.
- Caissons de planchers : pour les planchers suspendus dans les projets de rénovation.
- Construction durable : les projets visant des labels comme Q-ZEN ou BREEAM tirent parti du caractère biosourcé pour obtenir des majorations de primes et des bonus réglementaires.
Limites actuelles
- Disponibilité géographique : la production est concentrée en Wallonie. En dehors de cette région, les distances de transport augmentent le coût et l’empreinte carbone.
- Réaction au feu : classé E selon les normes européennes, le panneau ne convient pas en direct dans les bâtiments à exigences élevées (ERP, immeubles de grande hauteur) sans protections coupe-feu complémentaires.
- Compatibilité technique : vérifier systématiquement la compatibilité avec les systèmes pare-pluie et pare-vapeur existants avant la mise en œuvre.
Conseils concrets pour passer à l’action
- Faites réaliser un dimensionnement précis par un bureau d’études ou un architecte, en tenant compte de l’orientation, du climat et des exigences réglementaires de votre projet.
- Vérifiez les avis techniques disponibles (ETA-21/0260 pour Gramitherm) et les fiches FDES/EPD correspondantes.
- Combinez l’isolant en herbe avec d’autres matériaux biosourcés, par exemple des panneaux de fibre de bois en complément extérieur, pour optimiser à la fois les performances et le bilan carbone global.
- Consultez la liste officielle des isolants biosourcés de la Wallonie pour vérifier votre éligibilité aux primes avant de valider vos choix.
L’isolant en herbe est un produit industriel, certifié, compétitif, qui transforme un déchet vert en ressource pour la construction durable. Si vous envisagez une rénovation ou un projet neuf, demandez à votre architecte d’intégrer cette solution dans l’étude comparative des matériaux. Le gain carbone pourrait bien faire pencher la balance pour votre bâtiment et pour le climat.
